Mardi 25 septembre 2007
Reposant avec insistance la question du degré de dangerosité de certaines races de chien, l'agression qui hier a conduit à la mort du célèbre artiste fait la une des médias. Au cours d'une ultime représentation, à l'âge de 84 ans, le mime Marceau, de son vrai nom Marcel Mangel, s'est fait attaquer par un chien présent dans l'assemblée pour des raisons encore ignorées. Une enquête a été ouverte. Certains témoins présents affirmeraient que l'artiste mimait un os peu de temps avant le drame.

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Tout cela pour dire que j'ai énormément de mal à écrire des article ces temps-ci.

Ceci dit, le traitement de l'actualité n'est parfois pas moins absurde que cet article. Les faits, supposés bruts et objectifs, régulièrement assénés par les médias, ne présentent souvent aucune tentative de mise en lien de différents éléments, et sont simplement sélectionnés et remodelés selon les exigences de la mode, parfois jusqu'au ridicule. On a pu lire le 25 septembre, à propos d'un accident par ailleurs préoccupant :


"Sylvain Garel, élu Verts du Conseil de Paris, a été agressé lundi par le rottweiler d'une société de vigiles, alors même que la multiplication des incidents impliquant des chiens relance le débat sur la législation concernant ces animaux.

[...]

"On voulait empêcher qu'une pelleteuse entre sur le chantier", a raconté M. Garel, une figure de la gauche des Verts. Il s'est couché devant la voiture des vigiles, dont un, selon lui, a démuselé son chien qui l'a mordu au bras droit."

source : Actualités Orange


Ou comment ramener une agression anthropique (on ne peut pas reprocher à un chien de garde d'attaquer, mais bien tenir responsable le vigile de l'y inciter ou de ne pas réussir à l'en empêcher) à une série d'accidents canins dont la pseudo-"multiplication" n'est de toute évidence qu'une sensibilité accrue et donc une sélection des faits à la suite de la mort tragique d'une petite fille.

Le propos n'est certainement pas de dire qu'on fait tout un foin d'un problème qui ne mérite pas tant d'attention. Tant mieux si on parvient à empêcher par de nouvelles réglementations pertinentes des drames susceptibles d'être réglés par ce biais. Heureusement que la mort d'une enfant est considérée comme intolérable. Mais l'aggression apparemment volontaire d'un élu n'a rien à voir avec le problème. Il serait peut-être plus intéressant d'essayer de la relier à la violence du discours politique, par exemple. Est-ce un accident ponctuel, un acte violent individuel, ou un trait culturel émergent ?

Malheureusement, la myopie des médias atteint les politiques :

"Yves Pozzo di Borgo, président du groupe Nouveau Centre au Conseil de Paris, a exprimé sa "sympathie" à Sylvain Garel.

Le sénateur a assuré que les projets législatifs et réglementaires en préparation "ne devraient pas se limiter à améliorer la prévention envers les chiens dangereux dans la sphère privée, comme le laissent entendre de récentes déclarations ministérielles, mais bien en interdire tout simplement la possession, à l'exclusion des forces de l'ordre"."

Que dire ? Le problème de l'agression de M. Garel n'est pas une question de législation sur les chiens dangereux, mais pose la question de l'intentionnalité. La réaction du sénateur ne serait envisageable que si le caractère accidentel avait été démontré : le gardien aurait perdu le contrôle de l'animal par manque de formation ou dangerosité excessive du chien. Puisque M. Garel compte porter plainte contre les vigiles, ce n'est de toute évidence pas le cas. Dès lors, la législation sur les chiens dangereux n'est qu'un aspect du problème, assez mineur si on le compare avec la volonté de blesser quelqu'un qui manifeste pacifiquement.

Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Dimanche 23 septembre 2007
Reposant avec insistance la question du degré de dangerosité de certaines races de chien, l'agression qui hier a conduit à la mort du célèbre artiste fait la une des médias. Au cours d'une ultime représentation, à l'âge de 84 ans, le mime Marceau, de son vrai nom Marcel Mangel, s'est fait attaquer par un chien présent dans l'assemblée pour des raisons encore ignorées. Une enquête a été ouverte. Certains témoins présents affirmeraient que l'artiste mimait un os peu de temps avant le drame.

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Tout cela pour dire que j'ai énormément de mal à écrire des article ces temps-ci. 
Par Epiméthée
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Jeudi 6 septembre 2007
Dans Totem et Tabou,  Sigmund Freud observe  qu'au sein des sociétés primitives, la transgression d'un tabou appelle souvent un châtiment terrifiant, particulièrement cruel, visant l'anéantissement de la personne du transgresseur.  Il interprète cette tendance en mettant en avant le fait que si le tabou existe,  c'est (entre autres éléments) que la pulsion que ce tabou interdit  est pregnante.  En d'autres termes :  on ne ferait pas tout un char  de l'interdiction  de quelque chose que de toute façon personne  ne  voudrait réaliser.  La personne qui transgresse le tabou risque donc de donner  l'exemple, de libérer les pulsions contenues des autres, d'abord simplement en montrant la possibilité de  dépasser l'interdit.


L'interprétation que  donne Freud  du risque  d'une  libération d'un tabou en cascade (un  transgresseur donnant l'exemple serait suivi par d'autres,  soudainement décomplexés)  s'applique à de nombreuses situations,  heureuses ou non.  Elle nous fournit sans aucun doute un angle d'attaque pour observer ce qui s'est déroulé ces derniers jours à propos  de la peine de mort, dont l'abolition française n'est pas trentenaire.


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On se souvient que le père du petit Enis, dans une interview réalisée par Karl Zero, a affirmé que Nicolas Sarkozy s'était déclaré favorable à la peine de mort devant lui, ce que l'Elysée a formellement démenti.  Notons tout de suite qu'à l'occasion de la pendaison de Saddam Hussein, Nicolas Sarkozy avait rappelé son opposition à la peine de mort, opposition qu'on peut encore retrouver sur le site de l'UMP.
Le 5 septembre, dans l'émission de France 5 « C à dire ?! », le père d'Enis a dit à  demi-mot, mais sans aucun doute possible, qu'il aurait souhaité être mis en présence du pédophile pour le tuer.
La veille, Michel Sardou questionné sur M6 par Marc-Olivier Fogiel sur la légitimité de la peine de morts pour les tueurs ou violeurs d'enfants (en renvoyant à une ancienne polémique autant que à l'actualité), a utilisé des mots très crus pour expliquer que dans un pareil cas,
"tu vas penser une seconde à la loi, à la morale ? [...] Je lui tire une balle dans la tête."

On pourrait s'attarder sur la question de fond, le faux paradoxe de la légitimité du sentiment et de l'illégitimité de sa mise en oeuvre, mais c'est une autre question qui retiendra notre attention.

On trouve, parmi les quelques sites qui proposent de voir l'extrait de cette émission, la page suivante :
http://www.dailymotion.com/video/x2xshl_sardou-chez-fogiel-040907_politics

 La personne qui propose cette vidéo indique au-dessous, après les informations générales sur l'émission :

"Il a raison lorsqu'il dit que si tu chope le mec qui a tué ton enfant que tu ne vas pas penser à la Loi. Moi perso je n'y penserais pas, je ferais pareil que lui,... je le bute !
Je pense même qu'on devrait rétablir la peine de mort pour les pédophiles, les meurtriers en série ainsi que pour les violeurs en général. On paye déjà assez dans notre sociétés pour cesser de payer pour eux !

ps: tous propos racistes ou haineux seront supprimés."


Suit une liste assez longue de commentaires majoritairement dirigés conte la gauche.

Cette formulation d'une opinion bien répandue n'a que peu d'intérêt en apparence. Mais de plus près, elle peut éclairer notre propos. On peut logiquement déduire du post scriptum que les propos qui précèdent ne sont pas considérés comme haineux. Cette implication, en contradiction flagrante avec le ton, la ponctuation, et surtout l'expression "je le bute" suggère un déplacement du seuil de tolérabilité du discours en réaction à une parole médiatisée qui brise (relativement) un tabou. La parole semble se libérer, se banaliser.

Le discours violent médiatisé est considéré comme acceptable, c'est-à-dire répondant aux critères de la discussion civique d'où sont bannis tous les "propos racistes ou haineux". C'est cet enchaînement, certes un peu extrapolé, qui nous intéresse ici.


Pendant la campagne présidentielle, la majorité des articles de ce blog concernaient des phénomènes analogues, mais qui avaient pour point de départ les discours de Nicolas Sarkozy, ce qui, comme on peut l'espérer, n'est pas le cas ici. L'adhésion viscérale qui peut s'emparer de nous lors de certains discours (réflexe de vengeance, de xénophobie, désignation d'un bouc-émissaire qui simplifie la compréhension du monde ou de l'histoire) ne se situe pas sur le plan de l'intelligence civique. Mais quand ce discours reçoit la caution d'une autorité politique, ou tout simplement d'une personnalité médiatisée, ceux qui ressentent cette adhésion s'en trouvent décomplexés, et susceptibles de l'assumer au-delà des limites culturelles habituelles.

Dans la tension qui permet à la peine de mort de continuer à être ignorée en France, cet épisode, au-delà du drame qui en est le point de départ, est sans doute mineur. Il n'a en tout cas pas entraîné de véritable remise en question et de débat sur la légitimité de la peine de mort. Tant mieux. Ce n'est pas une raison pour ne pas rester vigilant.


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Par Epiméthée
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Lundi 7 mai 2007



   L'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République rend certainement beaucoup plus nécessaire encore l'analyse de ses discours. La caution supplémentaire, celle du suffrage universel, qui vient de leur être accordée ne peut manquer de contribuer à entériner les mythes développés par notre nouveau président - entre autres le choc des civilisations, la pédophilie génétique, le maghrébin caricatural, etc.- et par ailleurs suggère que ces mythes sont plus ou moins partagés par une grande partie de l'électorat.

   Plus que précédemment donc, il faudra s'efforcer de reconnaître ces mythes pour ce qu'ils sont : la projection de valeurs, de craintes, de fantasmes sur la réalité ;  cette projection ne se connaît pas elle-même, même quand les faits l'infirment. Les heurts, et la répression radicale, qui ont accompagné l'élection de Nicolas Sarkozy ne vont ainsi pas être interprétés par l'intéressé comme un indice de sa propension à générer de la violence, comme nous le croyons et l'avons développé dans la plupart des articles précédents. Au contraire, le mythe s'en nourrira, sans doute en ramenant ces heurts à des conséquences improbables d'un mai 68 bouc-émissaire.

   Et que faire d'autre sinon crier au mythe ?





Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Jeudi 3 mai 2007
 

  Suite au précédent article, je dois reconnaître effectivement qu'une part des critiques adressées à Nicolas Sarkozy sans mesure relève sinon d'une diabolisation, au moins d'une stigmatisation fantasmatique, plus qu'exagérée, sans aucun doute contre-productive, présentant un Nicolas Sarkozy fascite, aspirant dictateur, très éloigné de la réalité. Malheureusement, les partisans de Nicolas Sarkozy peuvent ainsi souvent dénoncer comme entreprise de diabolisation haineuse une tentative de bonne foi, et bien intentionnée, comme l'est je le crois le texte présenté dans un précédent article.

  Toujours à propos de ce document, et cette fois notamment du côté des opposants à Nicolas Sarkozy, un certain type d'arguments a régulièrement désavoué la démarche qui peut transparaître de ce texte, proche à mon sens de la ligne directrice de ce blog. La critique est la suivante : à quoi bon dénoncer des poses électoraliste de Nicolas Sarkozy ? Le flirt avec les thèmes du FN ne signifie pas que le candidat de l'UMP est personnellement raciste, les provocations (le mouton dans la baignoire, l'ordre des Barbus, le Kärcher, l'hystérie) relèvent de l'opportunisme politique et n'impliquent pas une adhésion intellectuelle de celui qui tient ces propos, les simplifications (le mythe du choc des civilisations, le mythe de mai 68 origine du déclin moral français), au final, ne sont elles aussi qu'une manière de glisser sur des thèmes à la mode. Combien naïfs dès lors ceux qui, dénonçant ces déclarations, ne voient pas la distance qui les sépare d'un Nicolas Sarkozy poseur. L'élection passée, il gouvernera probablement comme la droite l'a fait jusqu'ici, mais certainement pas en fondant son action sur ses propos provocateurs.


   Il y a à mon sens une troisième manière de voir. Qu'importent les intentions de Nicolas Sarkozy, les raisons réelles de ses propos, ces déclarations, leur retentissement, peuvent avoir des conséquences qui échappent à l'homme politique. La banalisation de la caricature de l'immigré maghrébin, dans un contexte de racisme ambiant, tel qu'observé par le Bureau International du Travail en France le mois dernier par exemple, confortera très certainement les employeurs dans leur attitude discriminatoire. La radicalisation du discours est elle aussi préoccupante : que devra faire le prochain provocateur pour attirer l'attention ? Si des expressions comme l'ordre des barbus, des amalgames xénophobes, reçoivent la caution du suffrage universel, la respectabilité d'une vie politique républicaine, que dira le prochain poseur ?
   Dernier point, la brutalisation, encore légère, du champ politique ne se traduit pour l'instant que peu dans la société (sinon dans les banlieues ou dans la gare du Nord, en tout cas de manière sporadique). Mais une crise économique aggravée pourrait suffire à radicaliser encore le langage politique et à traduire dans la société civile cette violence verbale en aggressivité physique.

   Etre préoccupé par les conséquences possibles, et sans doute non désirées, des propos de Nicolas Sarkzoy n'est pas diaboliser sa personne. Ce n'est pas non plus ignorer la distance qui sépare un poseur de ses déclarations.

Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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