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Lundi 30 avril 2007
On trouvera le communiqué de la LDH ici : LDH


   On peut en profiter pour mentionner une situation récurrente lors de discussions avec des partisans convaincus du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle. Un sentiment d'inconpréhension transparaît souvent, la certitude de la bonne foi de Nicolas Sarkozy, de son respect pour les valeurs fondamentales de la République, les discours excessifs (fascisation complète de la figure du candidat) poussent souvent ces personnes à percevoir les vives inquiétudes sur les conséquences d'une élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République comme un alarmisme déplacé, voire une diabolisation, thème repris par l'intéressé lui-même, sur lequel nous reviendrons demain.

   Que dire ?  Séparer les intentions des conséquences, postuler la bonne foi de Nicolas Sarkozy, de ses partisans, pour des résultats médiocres selon ma propore expérience. Je comprends leur sentiment sans changer d'avis sur le caractère dangereux d'une éventuelle élection de N. Sarkozy.

   Les suggestions sont les bienvenues.
Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Lundi 30 avril 2007
Pour une raison inconnue, la pétition a disparu (pas de paranoïa).
Les conseils sont bienvenus.
Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Dimanche 29 avril 2007
La pétition annoncée il y a quelques articles est en ligne.

   Si vous allez voter Ségolène Royal sans adhérer à ses propos, son projet, etc., et que votre abnégation ne va pas jusqu'à le faire dans la joie, vous pouvez consulter puis signer cette pétition en cliquant ici  ce lien ne marche plus

Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Dimanche 29 avril 2007
   Par la voie du bouche à oreille électroniques circule sur la toile un texte d'une page sur le candidat de l'UMP à l'élection présidentielle. Un moyen concis de rappeler les faits principaux qui font de la possibilité d'un quinquennat sarkoziste une perspective inquiétante.


Les aveugles guident les aveugles ou La chute des aveugles,
Bruegel l'Ancien, Naples, Museo Nazionale di Capodimonte



Je reproduis ici ce texte :


Pourquoi il ne faut pas élire M. Sarkozy


Le texte qui suit n'est issu d'aucun parti. Il évite volontairement de discuter du programme politique du candidat de l'UMP, pour aborder des points qui - nous le croyons - doivent inquiéter tout démocrate, de gauche comme de droite. Auteurs de cet article, nous nous considérons politiquement modérés ; nous avons voté Lionel Jospin en 2002 et François Bayrou en 2007.


Nicolas Sarkozy fait reculer les partis d'extrême-droite, mais progresser leurs idées. Faire baisser le vote FN est une intention louable ; hélas la stratégie de M. Sarkozy a été de changer le flacon, mais pas l'ivresse. Dorénavant, un électeur proche des idées frontistes peut voter pour un homme reprenant les mêmes thèmes - au moins partiellement - et qui contrairement à M. Le Pen a de fortes chances d'arriver au pouvoir. Parmi ces thèmes, l'identité nationale bien sûr, ou le nécessaire amour de la France pour y vivre (aimez-la ou quittez-la). S'y ajoutent, de manière tout aussi préoccupante, les nombreux amalgames1, le choc des civilisations2, l'immigration choisie et les expulsions brutales.

Nicolas Sarkozy ne respecte pas, dans les faits, la séparation des pouvoirs. Au cours de ces cinq dernières années, le candidat de l'UMP en a fait plusieurs fois la démonstration en intervenant au-delà de ses portefeuilles ministériels, à propos de l'éducation par exemple, ou, de manière plus frappante, par rapport à l'indépendance de la justice. Il y eut aussi la confusion généralisée entre le Ministre de l'Intérieur et le candidat à l'élection présidentielle, ce dernier utilisant les services (RG) de ce premier pour sa campagne3. Ses nombreuses accointances avec les propriétaires des grands groupes de presse ne sont pas rassurantes ; tout en refusant de faire un procès d'intentions à propos de sa connivence avec les journalistes, il faut tout de même relever certains faits troublants : le licenciement d'Alain Genestar4, le fameux coup de fil à M. Elkabach5, la non parution d'un livre déjà imprimé à 25 000 exemplaires6, les menaces proférées contre la rédaction de France 37, etc.

Nicolas Sarkozy n'est pas un garant fiable de la liberté du peuple. Ses mesures, comme la généralisation des prélèvements ADN, la création d'un fichier échappant au contrôle de la justice et recensant tous les crimes et délits signalés dans les commissariats8, sont des moyens de surveillance extrêmement puissants dans les mains de l'État, et pas forcément pour le bien commun, surtout en l'absence de garantie crédible du maintien des libertés individuelles9. Et c'est de peu seulement que nous échappons (pour cette fois) à la carte d'identité électronique lisible à distance et sans que le détenteur ne puisse s'en rendre compte10. Le gouvernement auquel Nicolas Sarkozy appartenait encore il y a peu est sur le point de faire passer un décret demandant d'enregistrer toute l'activité des internautes11.

Nicolas Sarkozy n'est pas, de facto, laïque. S'éloignant sensiblement de la loi de 190512, il n'hésite pas à se signer lors de cérémonies officielles, ce qui est inédit pour un représentant de l'État. Promoteur de l'intervention du religieux dans la vie publique, il le mêle aussi dans ses discours13. Partisan de la discrimination positive, il tend à fonder celle-ci sur la religion14.

Nicolas Sarkozy est prêt à transiger avec la vérité, en déformant volontairement les faits. Depuis que les forces de l'ordre doivent faire du chiffre, on sait que les plaintes baissent. Les statistiques officielles sont présentées à leur avantage, c'est à dire sans insister sur les violences aux personnes15. Lors des émeutes de novembre 2005, Nicolas Sarkozy a affirmé sans aucune preuve que les émeutiers étaient organisés et manipulés, ce qui a été aussitôt démenti par les RG16.

Nicolas Sarkozy n'est pas un homme de paix. Par ses propos violents ("racaille", "Kärcher"), sa politique du tout répressif et l'organisation d'opérations de police surdimensionnées et surmédiatisées, Nicolas Sarkozy a braqué les uns contre les autres ; aujourd'hui le moindre incident peut devenir le déclencheur d'émeutes (à la gare du Nord par exemple). Les forces de l'ordre sont de plus en plus puissantes et potentiellement17 belliqueuses : nouvelles recrues, nouvelles armes dont le but est de faire usage, fin de la proximité avec les citoyens. Et leur action paraît de plus en plus décomplexée : arrestations devant les écoles et arrestations punitives pour ceux qui résistent18, arrestations devant les restaurants du coeur19 ou déguisées en convocation à la préfecture20, non intervention lorsque des manifestants se font agresser21.

Nicolas Sarkozy n'a pas une pensée humaniste. Lorsqu'il affirme que le suicide et la pédophilie sont génétiques22, Nicolas Sarkozy montre qu'il est capable d'avancer, contre le consensus scientifique23, des idées anti-humanistes. Cela montre également le peu d'espoir qu'il a de réinsérer les criminels. Les prisons françaises déjà trop remplies ont été surpeuplées dans des conditions inhumaines à cause de ses politiques répressives. Sa loi sur le racolage passif a renvoyé les prostitué-e-s dans la quasi-clandestinité avec toute l'insécurité qui en résulte.


Si rien ne peut nous faire douter du profond respect du suffrage universel par Nicolas Sarkozy, de nombreux faits et déclarations de ces cinq dernières années nous portent à croire qu'une fois élu, il remettra en cause des valeurs tout autant indispensables à la démocratie tels que la séparation des pouvoirs, la laïcité, la paix civile, l'humanisme ou la liberté, et ce quelles que louables soient ses intentions. C'est pourquoi nous croyons que la France court un vrai danger s'il est élu, et appelons à voter contre lui le 6 mai 2007.


_________________________________________________________________


   
J'espère que le texte vous sera utile, pour convaincre ou être convaincu.



  
Si vous voulez le diffuser, vous trouverez ici une version pdf : pourquoi il ne faut pas élire Nicolas Sarkozy



1Dénoncés entre autres par M. Azouz Begag : Le Figaro du 6 avril 2007, Azouz Begag : Nicolas Sarkozy, 'mon ennemi de l'Intérieur'

2http://www.epimethee.org/article-5564762.html

3Les RG ont enquêté sur un membre de l'équipe Royal, Le Monde du 26 janvier 2007

4Selon Alain Genestar, Nicolas Sarkozy est à l'origine de son licenciement. Le Monde du 17 Novembre 2006

5Europe 1 prête pour 2007, l'Humanité du 10 mars 2007

6cf. le Canard Enchaîné du 15 novembre 2006, ou l'article Les Sarkozy font de la censure de l'Express du 18 novembre 2006

7Le Canard Enchaîné, 21 mars 2007

8Le STIC, voir les abus dénoncés par le Canard Enchaîné du 18 octobre 2006

9Les associations s'inquiètent d'un affaiblissement des pouvoirs de la CNIL et Libertés rognées respectivement article et éditorial du journal Le Monde daté du 1er août 2004

10Une campagne est lancée contre la carte d'identité électronique, Le Monde du 26 mai 2005

11Messages dans les blogs compris : Liberté numérique, éditorial du journal Le Monde daté du 21 avril 2007.

12Nicolas Sarkozy insiste pour modifier la loi de 1905, Le Monde du 21 octobre 2005

13Exemple : discours de Nicolas Sarkozy à Rouen, 24 avril 2007

14«100 Minutes pour convaincre», France 2, 20 novembre 2003, Nicolas Sarkozy annonce de la nomination d'un "préfet musulman"

15Les violences contre les personnes ont augmenté de 43 % depuis 2002, Le Monde du 12 janvier 2007

16L'hypothèse d'émeutes 'organisées' paraît peu vraisemblable, Le Monde du 4 novembre 2005

17Ce bellicisme déplaisant aussi à de nombreux policiers, cf Christian Mouhanna : 'Le malaise entre jeunes et policiers est généralisé', Le Monde du 29 mars 2007

18Vives réactions après la garde à vue d'une directrice d'école, le monde du 24/04/2007, et le Canard Enchaîné du mercredi suivant

19Mardi soir, à Paris, la police les a attendus près du Restos du coeur de République, Libération du 2 février 2007

20Dépêche AFP du mardi 20 février 2007, 19h33 : La Cour de cassation juge illégale l'arrestation de sans-papiers convoqués en préfecture

21Début de polémique sur l'inaction de la police pendant les manifestations, Le Monde du 24 mars 2006

22Philosophie Magasine numéro 8, Nicolas Sarkozy et Michel Onfray - CONFIDENCES ENTRE ENNEMIS

23Les déclarations de Nicolas Sarkozy sur l´origine génétique la pédophilie et du suicide des jeunes, chat avec Axel Kahn sur les forums internet du Nouvel Observateur.


Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Mercredi 25 avril 2007
   Je mettrai en ligne ce soir un manifeste destiné d'abord peut-être à soulager un peu la frustration et l'énervement de ceux qui voteront Ségolène Royal au second tour sans adhérer, au contraire, à la forme de politique qu'elle promeut, mais pour s'opposer à Nicolas Sarkozy.
 
   En voici le texte provisoire :

   En votant Ségolène Royal, nous ne voterons pas pour elle, mais contre Nicolas Sarkozy

   Une pétition pour que se fassent entendre tous ceux qui voteront Ségolène Royal non parce qu’ils adhèrent à son projet, mais pour éviter d’avoir Nicolas Sarkozy président de la République.

   Comme lors de la dernière élection présidentielle déjà, nous sommes un nombre non négligeable d’électeurs à voter non pour les idées d’un candidat, mais pour faire barrage à son opposant. Comme ces cinq dernières années l’ont illustré, il est probable que le message porté par ces bulletins de vote soit ignoré, quels que soient les résultats. C’est pour que ce message ne soit pas ignoré que nous avons entrepris et signé ce manifeste.

   Cette pétition entend donner une dimension nouvelle et une visibilité partielle à cette situation frustrante et politiquement insatisfaisante d’un vote sans adhésion. Elle concerne tous ceux qui, sans être pleinement convaincus par le discours de la candidate socialiste, voteront pour cette dernière pour s’opposer aux évolutions inquiétantes que Nicolas Sarkozy a engagées ces cinq dernières années, ou projetées pour les cinq prochaines.

    Le bulletin que nous allons glisser dans l’urne le 6 mai 2007 sera celui de Ségolène Royal. Mais nous ne voterons pas pour elle. Nous voterons contre Nicolas Sarkozy.


   Vos critiques sont les bienvenues.
Epimethée


Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Jeudi 12 avril 2007

   De façon en partie pertinente, l'usage des deux premiers de ces mots par des candidats à la présidentielle a provoqué un débat. Le troisième moins. Rappelons à quelle occasion ils furent prononcés :

« Hystérie » fut prononcé à plusieurs reprises par Nicolas Sarkozy, pour qualifier la réaction de Ségolène Royal à ses propos sur son projet de ministère.

« Que devrais-je dire quand elle a dit ’“ignoble’” quand j’ai prononcé le mot ’’identité nationale’’ ? C’était pas une perte de nerfs ? J’ai même dit que c’était une forme d’hystérie. Voilà, il faut pas s’agacer dans une campagne électorale qu'il y ait des arguments qui s’échangent, tranquillement, voilà. Je pense respecter mes contradicteurs. C'est tout. »

source : http://www.sarkozy.fr/video/?intChannelId=1 ; conférence de presse du 02-04-2007, à 1h32min

   Il est vrai que la phrase de Nicolas Sarkozy n'est pas tout à fait exacte. Ce n'est pas l'expression identité nationale, mais le projet de réunion dans un ministère des questions de l'immigration et de l'identité nationale qui provoqua la réaction de la candidate du Parti Socialiste. C'est au sujet de ce glissement que Ségolène Royal, invitée du Grand Journal de Canal Plus, qualifia le candidat de l'UMP de menteur :

« Monsieur Sarkozy a menti et un menteur est-il apte à devenir président de la République ? »

source


   Quant au troisième mot, il fit référence à un nouveau slogan de François Bayrou, voulant incarner « un électrochoc tranquille » dans la vie politique française (cf. ici). En réponse, le secrétaire national du PS à l'égalité et au partenariat équitable, Faouzi Lamdaoui, pense que

« François Bayrou a bien besoin d'un électrochoc pour retrouver sa droite et sa gauche »

source



    Le caractère excessif et inapproprié de l'utilisation de ces trois mots retient l'attention.

   L'hystérie est une névrose aggravée, dont les manifestations particulièrement violentes (convulsions, paralysies, crises pantomimiques) traduisent corporellement un conflit psychique. La gravité des symptômes, le flou qui entoure ce mot, la misogynie potentielle que recèlent son histoire et son étymologie rendent son utilisation particulièrement malheureuse, voire provocatrice. Il est regrettable que la réponse de Mme Royal ne se soit pas attachée à dénoncer cet aspect ; en ramenant les catégories vérité/mensonge à des critères strictement logiques, la candidate du PS a transformé une inexactitude, ou plutôt de la mauvaise foi, en mensonge : un procédé courant dans la vie politique devient ainsi l'occasion de qualifier quelqu'un de menteur.

   Quelles conséquences peuvent avoir une provocation et une exagération polémique ? Ou encore, pour reprendre l'épisode de l'électrochoc, une boutade politique que personne ne prendra au premier degré ?

   On pourrait n'y voir que des joutes superficielles d'un niveau peut-être regrettablement bas. Mais rapprochés d'autres expressions, insignifiantes à première vue, ou ayant provoqué un débat médiatique, ces mots suggèrent une autre manière de voir, cette fois plus préoccupante.



 

   L'utilisation des mots Kärcher, racaille, ou de l'expression « l'ordre des barbus » par le candidat de l'UMP pour désigner les islamistes français, d'autres expressions caricaturales auxquelles nous avons consacré quelques articles (par exemple : ici ou ) pourraient participer de ce glissement. Certains tabous, certaines précautions, une certaine hypocrisie politique semblent tomber, témoignant d'une relative brutalisation du champ politique. Pour plus d'authenticité, de vérité ? Pas forcément.

   On comprend bien l'intention médiatique de la provocation, peut-être même la volonté bien intentionnée de bousculer de vieilles façons de penser ou de parler. Encore une fois, intentions et conséquences potentielles ne sont pas liées.

   Que ce soit pour son obtention ou par son usage, le pouvoir entretient potentiellement des liens étroits avec une violence multiforme. C'est un long processus, encore incomplet, qui exonère la course au pouvoir et son exercice de violence, comme l'est le processus parallèle et tout aussi réversible de limitation de la violence dans la société.

   Une répression disproportionnée d'une manifestation, par exemple de pompiers, une mise en garde à vue abusive, celle d'une directrice de maternelle, une arrestation musclée sous des yeux d'enfants, une reconduite violente -parfois tragique- à la frontière : autant de formes de violence liées à l'exercice du pouvoir qui sont déjà avérées. D'autre part, la réactivité de la population à la violence verbale des politiques est un fait commun auquel se rattachent (en partie seulement) l'usage des mots racaille et Kärcher et les émeutes dans les banlieues.



   Pourquoi ces banalités ? Peut-être parce que la brutalisation du discours politique peut être vue comme le forçage de verrous qui contribuent à freiner la violence politique, entre les candidats, ou dans la société. Sous cet angle, l'obséquiosité du langage politique ne serait pas une hypocrisie inutile, mais un gage de non-violence : le degré supérieur de l'agressivité serait un durcissement du ton, l'insulte, et non une forme plus poussée de violence.

   De ce point de vue, l'atteinte, y compris seulement imagée, à l'intégrité physique d'un candidat peut être perçue comme la disparition d'une part de cette retenue. Ainsi préconiser un électrochoc à un homme politique, ou, plus insignifiant à première vue, la prédiction que Nicolas Sarkozy mettra « Ségo KO » dans une des chansons de soutien au candidat de l'UMP, en provenance de son site officiel n'est peut-être pas aussi anodin qu'il n'y paraît.

http://www.dailymotion.com/video/x1d0rw_sarko-oh-oh-chanson-pour-nicolas


   Si nous pouvons nous inquiéter des conséquences dans la société d'une brutalisation du discours politique, la perspective d'une violence entre hommes politiques semble moins proche.

Nous en sommes loin, il est vrai. N'est-ce pas justement un moment pertinent pour prendre conscience de cette possibilité ?


 



Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Samedi 31 mars 2007
   Une précision par rapport à l'article précédent : le dessein n'est pas de présenter Nicolas Sarkozy comme l'unique responsable des glissements qu'on peut observer dans le champ politique. A mon sens, il y contribue plus que d'autres ; mais il ne faudrait pas faire de lui un bouc-émissaire.

  Par exemple, la menace (mythique) du choc des civilisations a été formulée par Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn (cf.ici), et, récemment, par Jacques Chirac (cf. ). Mais l'écho partiulier, le ton, et les autres éléments dérangeants (par exemple la caricature de l'immigré) des discours de Nicolas Sarkozy donnent à cette expression, lorsqu'elle est employée par lui, une dimension encore plus préoccupante.

 Autre précision : quel est l'enjeu de l'analyse proposée dans l'article précédent ? On peut rappeler que le patriotisme et l'esthétisation de thèmes guerriers (telle la valorisation de la Marseillaise par la minimisation de la violence de ses paroles) sont des composants fondamentaux de l'esprit belliqueux, de la culture de guerre, à l'oeuvre d'abord dans la Première Guerre mondiale (on peut renvoyer à la pensée de G.L. Mosse). Ce n'est pas dire que ces propos préparent un conflit général bien sûr, mais bien qu'ils sont susceptibles de réactiver ou d'entretenir des représentations qui un jour pourront soutenir des mouvements regrettables.

  Enfin, je crois que la caution ou la respectabilité qu'implique la formulation d'une idée par un représentant politique peut banaliser certains thèmes. Une même opinion présente dans une partie de la population peut l'être sous différentes formes. On peut être gêné d'être raciste. C'est certainement plus dommageable d'en être fier, ou de considérer son racisme comme légitime. Certains propos de Nicolas Sarkozy contribuent à un tel mouvement. Soutenu par une partie importante de la population, des media, par le premier parti de France : ses propos acquièrent une respectabilité partiulière, tendent à construire les lieux communs futurs du champ politique.

 
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Mardi 27 mars 2007
   Ces derniers jours, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy nous ont offert à travers les media une illustration assez significative des réflexions auxquelles sont consacrées ces pages.

   Ce blog est né de la volonté de s'interroger sur les conséquences possibles des discours du candidat de l'UMP à la présidentielle, au premier rang desquelles on a placé l'éventualité d'un déplacement des thèmes des discours politiques : c'est-à-dire la possibilité que les discours de Nicolas Sarkozy déplace le champ du discours politique en banalisant certaines idées, certaines formulations décomplexées, parfois pernicieuses, relevant de mythes simplifiants, susceptibles d'alimenter les racismes ou d'autres attitudes dommageables.



   Si, dans un de ses discours (cf. ici), Ségolène Royal critique le rapprochement entre identité nationale et immigration, elle n'en a pas moins soutenu, comme on le sait, que selon elle "tous les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore" (rencontre avec la presse dans le Var, vendredi 23 mars). Et de revaloriser la fête nationale, et la Marseillaise qui doit être réappropriée par "la gauche, qui avait cru devoir abandonner l'hymne national à l'extrême droite".

   Nicolas Sarkozy ne s'y trompe pas : 
"Je m'aperçois que je suis dépassé dans tous les sens. Là, il faut des drapeaux français partout, l'identité nationale, tout le monde en veut. Je me réjouis"
 (le "Grand rendez-vous" Europe1/TV5 Monde/Le Parisien)

Qu'il y soit gagnant ou non politiquement, ses propos ont bien provoqué un glissement des thèmes des discours politiques.


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Lundi 19 mars 2007
   Une enquête nationale par tests de discrimination a été menée en France sous l'égide du Bureau International du Travail.
cf. ici

   L'enquête montre une évidente discrimination de la part d'une forte majorité d'employeurs (entre 70 et 80%) à l'encontre des candidats portant un patronyme évoquant une origine maghrébine ou subsaharienne (Kader ou Farida Larbi, Kofi ou Binta Traoré).




   On peut à mon sens en tirer deux conclusions, au niveau du discriminé et à celui du discriminateur :

    tout d'abord, la confirmation de ce type de discriminations nous invite à réévaluer le point de vue de celui qui subit ce type de discrimination. A quelle échelle se joue l'échec de l'intégration ? Dans les sentiments de l'immigré, du descendant d'immigré ou de tous ceux dont le nom évoque l'Afrique ou dans ce que la société (ici le marché de l'emploi) leur renvoie comme représentations ? Que peut-on demander à celui qui subit aussi généralement cette inégalité de traitement ? Dans un de ses discours (ici), Nicolas Sarkozy rapporte ce que les Français sont en droit d'attendre des immigrés : 

"Ils ne demandent qu'une chose à ceux qui veulent y vivre [en France], c'est qu'ils l'aiment, qu'ils la respectent, qu'ils aiment et qu'ils respectent son histoire, ses valeurs, sa culture, sa langue.
Ce qu'ils demandent au fond c'est de partager avec eux la fierté d'être Français."

  Je trouve que le processus qui anime l'immigré parvenant à de tels sentiments en subissant une telle discrimination relève de l'héroïsme.

   Seconde conclusion : chez cette majorité d'employeurs, comment peuvent être compris les propos de Nicolas Sarkozy, quelles que soient les intentions qui les dictent, sur les immigrés (voir les articles précédents), ou même seulement sur le projet de ministère de l'immigration et de l'identité nationale, encore une fois, quoique le candidat de l'UMP mette dans cette proposition ?

   Les employeurs participant à cette discrimination ne sont pas forcément consciemment ou idéologiquement racistes. Il est plus probable que leur choix leur semble naturel, plus confortable, peut-être pas forcément extrêment moral mais compréhensible. Je crois que les amalgames, tel ce projet de ministère, confortent ces employeurs dans leur attitude. A tort ou à raison, il me semble aller de soi que ces propos auront pour effet de décomplexer ces employeurs à l'attitude inique.

   Et je doute fortement qu'au final, ce que ces employeurs demandent, c'est de partager avec les vrais Kader Larbi ou Binta Traoré "la fierté d'être Français".



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Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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Mardi 13 mars 2007
   Ce n'est effectivement pas le moindre des paradoxes qu'une société privée et qu'un ministre du gouvernement actuel donnent une leçon d'éthique politique au ministre de l'Intérieur et candidat de l'UMP à l'élection présidentielle.

   La société Kärcher, par la voix du porte parole de Kärcher France (premier extrait) et à travers une campagne de communication (second extrait), fait savoir son opposition à la connotation qu'a prise dans le vocabulaire politique le nom de sa marque depuis les propos de Nicolas Sarkozy en 2005 à la Courneuve :

"L'usage de notre marque à des fins politiques et pour désigner une ligne politique en relation avec des sujets de société sensibles est en opposition avec les valeurs que souhaite véhiculer notre entreprise, façonnée par 70 ans d'Histoire."

"La société Kärcher sort aujourd'hui de sa discrétion car elle ne peut se reconnaître dans les propos et les amalgames récents auxquels est associé son nom."

C'est sur ce même sujet qu'a porté la critique du ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances, Azouz Begag :

"Cela fait au moins 18 mois que je n'ai plus adressé la parole au ministre de l'Intérieur tout simplement parce que j'ai osé le sacrilège de dire en novembre 2005 que ce n'était pas bien de prononcer des mots tels que 'racaille' et de vouloir nettoyer les banlieues au Kärcher."

(France Info)

   Dans les deux cas, l'emploi inapproprié du mot kärcher est dénoncé. Pourquoi inapproprié ? Selon nous, une partie du vocabulaire employé par Nicolas Sarkozy participe d'une simplification du discours politique, qui devient préoccupante lorsqu'on la relie à d'autres observations (cf. article précédent), et dans une certaine mesure, d'une brutalisation du vocabulaire politique qui nous semble encore plus préoccupante.
  Encore sur France Info, François Fillion, conseiller politique de l'UMP, a réagi aux propos d'Azouz Begag :

"C'est un membre du gouvernement dont je n'ai jamais mesuré complètement la valeur ajoutée, pour être franc."

  On peut bien évidemment comprendre une certaine hostilité après le désaveu de M. Begag (qui s'est rapproché de François Bayrou, cf. par exemple ici), mais l'emploi de l'expression "valeur ajoutée" retient particulièrement notre attention. Ramener un ministre à une marchandise, au faible intérêt commercial qui plus est, participe selon nous de ce mouvement de trivialization du discours politique.

   Je n'ai pas la prétention d'avoir exposé au long de ces pages une étude historique valable d'un tel mouvement, qui nécessiterait en premier lieu une comparaison détaillée des discours des hommes politiques de la Ve République. C'est une piste qui est ici présentée, qui à mon sens mérite notre attention. Il va de soi qu'il serait simpliste de considérer Nicolas Sarkozy comme l'instigateur de cette évolution. Il s'agit seulement de montrer certains aspects et quelques mécanismes par lesquels il y contribue.




Par Epiméthée - Publié dans : epimethee
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