Suite au
précédent article, je dois reconnaître effectivement qu'une part des critiques adressées à Nicolas Sarkozy sans mesure relève sinon d'une diabolisation, au moins d'une stigmatisation fantasmatique, plus qu'exagérée, sans aucun doute contre-productive, présentant un Nicolas Sarkozy fascite, aspirant dictateur, très éloigné de la réalité. Malheureusement, les partisans de Nicolas Sarkozy peuvent ainsi souvent dénoncer comme entreprise de diabolisation haineuse une tentative de bonne foi, et bien intentionnée, comme l'est je le crois le texte présenté dans un
précédent article.
Toujours à propos de
ce document, et cette fois notamment du côté des opposants à Nicolas Sarkozy, un certain type d'arguments a régulièrement désavoué la démarche qui peut transparaître de ce texte, proche à mon sens de la ligne directrice de ce blog. La critique est la suivante : à quoi bon dénoncer des poses électoraliste de Nicolas Sarkozy ? Le flirt avec les thèmes du FN ne signifie pas que le candidat de l'UMP est personnellement raciste, les provocations (
le mouton dans la baignoire,
l'ordre des Barbus, le
Kärcher, l'
hystérie) relèvent de l'opportunisme politique et n'impliquent pas une adhésion intellectuelle de celui qui tient ces propos, les simplifications (le
mythe du choc des civilisations, le
mythe de mai 68 origine du déclin moral français), au final, ne sont elles aussi qu'une manière de glisser sur des thèmes à la mode. Combien naïfs dès lors ceux qui, dénonçant ces déclarations, ne voient pas la distance qui les sépare d'un Nicolas Sarkozy poseur. L'élection passée, il gouvernera probablement comme la droite l'a fait jusqu'ici, mais certainement pas en fondant son action sur ses propos provocateurs.
Il y a à mon sens une troisième manière de voir. Qu'importent les intentions de Nicolas Sarkozy, les raisons réelles de ses propos, ces déclarations, leur retentissement, peuvent avoir des conséquences qui échappent à l'homme politique. La banalisation de la
caricature de l'immigré maghrébin, dans un contexte de
racisme ambiant, tel qu'observé par le Bureau International du Travail en France le mois dernier par exemple, confortera très certainement les employeurs dans leur attitude discriminatoire. La radicalisation du discours est elle aussi préoccupante : que devra faire le prochain provocateur pour attirer l'attention ? Si des expressions comme l'ordre des barbus, des amalgames xénophobes, reçoivent la caution du suffrage universel, la respectabilité d'une vie politique républicaine, que dira le prochain poseur ?
Dernier point, la brutalisation, encore légère, du champ politique ne se traduit pour l'instant que peu dans la société (sinon dans les banlieues ou dans la gare du Nord, en tout cas de manière sporadique). Mais une crise économique aggravée pourrait suffire à radicaliser encore le langage politique et à traduire dans la société civile cette violence verbale en aggressivité physique.
Etre préoccupé par les conséquences possibles, et sans doute non désirées, des propos de Nicolas Sarkzoy n'est pas diaboliser sa personne. Ce n'est pas non plus ignorer la distance qui sépare un poseur de ses déclarations.