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epimethee

Samedi 20 janvier 2007
Ce blog tire son origine de la volonté d'exprimer un malaise face à la campagne présidentielle actuelle en France. Des malaises pour être plus précis.

1 Une distance énervée vis-à-vis des discours de la majorité des média

2 Le sentiment de ne pas être vraiment représenté par un candidat ; c'est-à-dire une impossibilité d'adhésion sincère au programme d'un(e) présidentiable

3 Une inquiétude grandissante vis-à-vis de certaines actions ou paroles décomplexées du candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy


Comme je ne rencontre pas de réaction à la mesure de mes craintes dans les média (1), ni d'engagement politique satisfaisant pour relayer une lutte que je crois nécessaire contre certaines idées (2), j'ai décidé de les inscrire ici.

Je ne suis animé d'aucune animosité vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, quoique mes convictions ne me portent pas naturellement de son côté politique. Je veux bien partir du principe qu'il soit franc et n'aspire qu'au mieux-être des Français et du monde.
Les pistes qui vont être mises en avant ici ne consituent pas une attaque de sa personne, mais l'expression sans prétention de craintes nées de son action politique et de ses possibles conséquences.
Il ne s'agit ici pas de servir la vérité, ni d'énoncer des choses vraies là où tout le monde se tromperait. Il s'agit bien plutôt de déconstruire les vérités présentées telles par ce candidat ou par les media, de déconstruire ce qui semble naturel ou anecdotique pour s'interroger sur les possibles conséquences des événements qui nous sont contemporains.

Autrement dit, non énoncer ce qui doit être pensé mais pointer ce qui gagnerait à ne pas être pensé sans distance ou prudence.

Les critiques pertinentes formulées à l'égard de ce dernier sont souvent politisées, ou légèrement caricaturales. Autrement dit, elles existent surtout dans les discours d'extrême-gauche et/ou libertaires. Je ne critique pas ces discours, légitimes et sans aucun doute utiles. Mais j'ai toujours le sentiment qu'ils s'adressent plus aux personnes déjà convaincues qu'aux autres.

C'est sans doute là qu'il faut voir la véritable raison d'être de ce blog :

 
 
construire une réflexion ouverte à tous sur la possibilité d'une évolution dangereuse de la politique et de la société, et la part involontaire que pourraient avoir les déclarations de Nicolas Sarkozy dans ce processus.



Toute critique ou réflexion est la bienvenue.

 



pour la partie basse du montage, copiée sur yahoo actualités, je n'ai pu retrouver la source exacte : Copyright © REUTERS MOLT ou © AFP JOURNAL INTERNET
Par Epiméthée
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Dimanche 21 janvier 2007




 

 

   Epiméthée est un titan, le frère de Prométhée. Prométhée, littéralement le prévoyant, connaît ou devine les choses à l’avance, au contraire d'Epiméthée qui ne comprend les choses qu’ensuite. C’est Epiméthée qui crée les animaux à partir d’un nombre prédéfini de qualités, ne laissant quasiment rien pour l’homme. C’est lui qui, alors que son frère prudent l’a refusée, accueille Pandore.

 

Pourquoi cette référence ?

    Peut-être d’abord pour le côté loser d’Epiméthée.

   Certainement pas en référence à Pandore l’étourdie, femme ambivalente dont l’image pourrait tout à fait nourrir la misogynie actuelle.

   Ayant suivi une formation d’historien, j’aime l’image de celui qui voit ensuite, avec le recul du temps, avec la distance paradoxale qui nous sépare de personnages ou de cultures par rapport auxquels nous sommes à la fois héritiers et étrangers. Epimethée est aussi sous cet angle celui qui attend que les choses surviennent pour les analyser ; il peut être alors vu comme celui qui travaille non sur des conjectures, mais sur le réel soumis à sa perception, au ras du sol, au plus près du document.


   En fait, j’ai choisi Epiméthée principalement en réaction à l’image de Prométhée et à ce qu’elle pouvait représenter transposée dans le milieu des sciences humaines (sans doute pas seulement là). La vision d’un être qui porte la lumière à des hommes inférieurs, qui sait tout d’avance, c’est-à-dire qui a une emprise intellectuelle totale sur la réalité, correspond parfois en partie à l’attitude de l’intellectuel qui, ayant développé un système de pensée, oublie ou occulte son caractère partiel pour étendre ses conclusions à presque tout, et voir dans les critiques ou dans les thèses contradictoires un manque de compréhension de son travail et non des éléments complémentaires à son discours.

   A mon sens, l’historien (ou l’anthropologue, etc.) n’énonce pas la connaissance, il propose une interprétation, et doit convaincre de sa validité forcément relative. Plutôt que d’expliquer le monde ou des faits considérés comme majeurs avec une certitude fascinante, je préfère celui qui admet qu’il ne sait pas grand-chose, peut-être parce que c’est mon cas. Mais je crois aussi que ce pas grand-chose peut s’avérer fondamental, servir de levier efficient dans la réflexion.


Epimethée et le mythe

   On comprend que l’usurpation du nom d’Epimethée est ici un détournement, qui sélectionne dans la figure du titan les traits qui m’interpellent le plus. Au final, Epimethée devient celui qui, une fois le discours prononcé, cherche non à le juger à l’aune d’un intellect puissant et dans le vrai (figure prométhéenne), mais à déceler les mythes qui peuvent l’alimenter, se situant ainsi en deçà de la discussion politique, en deçà du jugement de la question de la vérité, pour rejoindre celle des possibles et des interrogations sans réponse, mais pas forcément de ce fait inutiles. On voit qu'une autre forme de mythe se met sans doute en place ici, qui simplifie peut-être, esthétise la méthode employée dans ces pages.

   Les Promethée sont sans aucun doute nécessaires ; je n’ai ni les moyens ni l’envie de jouer ce rôle. Pointer les mythes, démythifier, lever le voile de cohérence ou de persuasion d’un discours pour créer une distance intriguée et sceptique, voilà qui ne pourra être, je crois, que bénéfique. Peut-être à la condition qu'on ne s’y arrête pas : que cet angle ne devienne pas un nouveau mythe de vérité.


Par Epiméthée
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Mardi 30 janvier 2007
Petite introduction : rappel du but de ce blog

   Toujours dans le même esprit : ce blog n'est pas du journalisme ni du militantisme . Il ne s'agit donc pas de discuter des faits (je n'ai de toute façon pas le temps de croiser les différentes versions pour établir de manière probable ces faits) ni d'apporter des jugements personnels.
Il s'agit de réfléchir sur ce qui est en jeu dans ces questions, accusations légitimes ou allégations gratuites, ou plus vraisemblablement quelque chose entre deux.

   Qu'est-ce qu'on peut faire de ces informations ? Quels sont les enjeux qu'on peut distinguer sans rentrer dans la polémique médiatique, même sans prendre parti ?

   Peut-être faut-il prendre parti, mais s'il y a des enjeux visibles sans prendre parti, alors nous pouvons les mettre en avant en s'adressant à tous, sarkozistes et anti-sarkozistes, de droite, de gauche, tirer une sonnette d'alarme commune, et demander une réflexion sur la prudence nécessaire à certaines évolutions.



La volonté de rupture, la volonté de faire bouger les choses, est tout à l'honneur, je pense, de Nicolas Sarkozy. Ce principe qui pousse régulièrement les politiques à vouloir incarner un changement nécessaire est sans doute un des moteurs principaux des évolutions politiques. Je suis convaincu que cette volonté est sincère, que le candidat de l'UMP veut véritablement apporter un changement pour le mieux. Mais le développement du prélèvement d'ADN peut-il participer de ce changement ?
Nous voulons montrer ici que le rapport entre les risques liés à la généralisation de cette technique et ce qu'elle apporte n'est pas si clair qu'il faille avancer les yeux fermés, confiant.


On ne peut pas développer le prélèvement ADN sans rappeler les risques liés à l'intrusion de l'Etat dans le corps des citoyens. Ce n'est pas être réfractaire au "progrès", à l'évolution des techniques et de la société.

Entre la volonté d'avancer, d'être plus efficace, plus en sécurité et celle de rappeler que les libertés individuelles tolèrent mal les intrusions, que les bonnes intentions peuvent avoir des conséquences désastreuses, il y a un dialogue possible et nécessaire, aujourd'hui absent, il y a un espace où on peut évoluer tout en restant vigilant.


Dans cette optique, l'affirmation récurrente de monsieur Nicolas Sarkozy insistant sur le fait qu'il n'a pas peur du changement, qu'il faut avancer résolument, est très préoccupante. Dans quelle mesure cette volonté sans doute bien intentionnée, et peut-être pertinente pour certains sujets, ne va-t-elle pas en occulter d'autres, où la prudence s'impose, et où au moins un débat nuancé, rappelant les risques, est nécessaire ?


Pourquoi la question du prélèvement d'ADN dans l'affaire du scooter du fils Sarkozy est-elle préoccupante ?



Par Epiméthée
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Mardi 6 février 2007
   Hier, Nicolas Sarkozy a eu un échange interpellant avec une jeune Lilloise musulmane, d'origine algérienne.

   Peut-on répondre à la question posée dans le titre par l'affirmation qu'a faite alors Nicolas Sarkozy : "Je n'ai jamais été raciste" ?

   Voyons les choses d'un peu plus près.

   "Je suis le premier homme politique de droite à dire qu'il faut une immigration choisie. Mais je dis aussi une chose avec la plus grande force: personne n'est obligé d'habiter en France. Et quand on aime la France, on la respecte"

   "On respecte ses règles, c'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, on ne pratique pas l'excision sur ses filles, on n'égorge pas le mouton dans son appartement"

    Une équivalence se met en place dans le discours de Nicolas Sarkozy entre habiter, aimer et respecter la France. Tout d'abord, j'aimerais remarquer qu'être républicain ou citoyen ne veut pas forcément dire aimer son pays, et certainement pas aimer tous les aspects de son pays. On prendra l'exemple du témoignage de Marc Bloch résistant (L'étrange défaite), faisant un procès impitoyable à la France d'entre-deux-guerres, et agissant avec une citoyenneté indiscutable (il meurt en criant : "Vive la France !" sous les balles nazies).  Il faut s'opposer à l'amalgame entre aimer et respecter. Ce n'est pas la même chose.

   Quel procès sous-tend le discours ? L'image se dessine des musulmans (mais en fait plus généralement des beurs, des banlieusards) qui, n'aimant pas la France et par là ne la respectant pas n'ont pas leur place dans ce pays. La phrase un peu vide de sens "personne n'est obligé d'habiter en France" résonne alors comme une menace d'expulsion. Nous reviendrons sur ce procès où nous avons beaucoup à redire.

  




   L'aspect principal de la déclaration reste l'amalgame entre musulman n'aimant pas la France, et polygame, pratiquant l'excision et pratiquant sa religion dans des conditions hygiéniques déplorables. Objectivement pourtant, il y a peu à redire sur la phrase de Nicolas Sarkozy : bien sûr, nous sommes opposés à l'excision et la polygamie. Mais en-dessous apparaît autre chose : identifier les règles de la France et les trois propositions négatives qui suivent, c'est dessiner les contours d'une identité caricaturale : il y a bien plus de règles en France que ces trois-là.

   Il y a tendance à la caricature. Qu'on ne réponde pas : il y a des filles excisées en France (début d'un débat creux : il y a des familles musulmanes qui n'excisent pas leurs filles), il y a des polygames, etc. Cette tendance à la caricature qui s'appuye sur des principes indiscutables est un des traits récurrents des propos de Nicolas Sarkozy. A-t-il conscience de la distorsion entre ces principes et la caricature à laquelle il les applique ? Pas forcément.

   Quelle est la conséquence immédiate de ces propos, sans doute sincères, appuyés sur des convictions républicaines, mais volontairement, et selon nous à mauvais escient, provocateurs ?
La jeune femme répond :

    "les propos que vous venez de tenir sur les moutons ce sont des propos racistes. Il y a des réglementations, il y a des abattoirs, on est civilisés. "

   "On est civilisés". En quelques répliques, Nicolas Sarkozy n'a peut-être pas voulu "exciite[r] les pulsions racistes" comme le font d'après lui les pro-régularisations ; mais après avoir essayé de regagner à l'identité française la jeune femme d'origine algérienne ("Vous êtes une Française. A mes yeux, vous n'êtes pas une Algérienne, et je ne suis pas un Hongrois"), il a tout à fait réussi à la pousser vers un réflexe communautariste ("on...") qui tend vers le mythe du choc des civilisations ("... est civilisés").


   "Quand on voit toutes ces bonnes consciences expliquer qu'il faut régulariser tout le monde, à l'arrivée, on excite les pulsions racistes."

   Il y a malheureusement beaucoup de manières d'exciter les pulsions racistes. Nous croyons que Nicolas Sarkozy nous en a montré une hier.


Par Epiméthée
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Mercredi 7 février 2007
Une courte réaction aux propos de Nicolas Sarkozy de ce soir.
Le candidat de l'UMP propose une "Union de la Méditerranée", solution notamment à l'imbroglio de la question de l'entrée de la Turquie dans l'UE (NB : nous ne discutons pas ici de la validité de ce projet). Parmi ces propos les suivants :

"Respectons l'histoire, les civilisations et la géographie, et le monde sera mieux organisé."


Que pointe derrière cette phrase ? L'évidence cache le mythe. Nous ne pouvons que difficilement être en désaccord avec le propos, à première vue. Il est élémentaire que la prise en compte des données historiques, géographiques, plus généralement de toute science humaine est une condition du maintien de la paix, de la construction d'un monde diplomatiquement stable, équilibré. La guerre en Irak en est l'exemple inverse le plus criant aujourd'hui1


Derrière ce propos consensuel se dresse autre chose. La mention du terme "civilisations" renvoie à la notion dite de "choc des civilisations", expression déjà employée par N. Sarkozy².




   Cette notion est un mythe, mais un mythe qui s'ignore, efficient, dangereux. Qu'entend-on ici par mythe ? Une fausse vérité, une idée, reçue ou construite, une manière de voir les choses qui se transforme dans la tête de celui qui la pense en vérité démontrée, évidente ou naturelle. A partir de là, on peut opérer une sélection des faits qui s'offrent à notre observation : prendre ce qui va dans le sens du mythe comme significatif, rejeter comme secondaire, insignifiant ou faux, tout ce qui contredit le mythe ou encore déformer ces faits pour les faire rentrer dans le mythe.
   Un exemple rapide : la supériorité intellectuelle des occidentaux par rapport aux peuples amérindiens, ou aux esclaves africains a longtemps été une évidence, une idée qui allait de soi, ridicule à remettre en cause pour beaucoup, pouvant dicter des études de la part de scientifiques. Les faits n'entrent guère en compte quand il s'agit de mythe.

   Le choc des civilisations est un mythe actuel, pertinent, c'est-à-dire séduisant dans notre système de références. Une simplification du monde, réduit à quelques composants qui expliquent tout, et d'abord l'incompatibilité des civilisations liées à l'islam d'un côté, au christiannisme de l'autre. Etablir une double unité est un premier mythe. L'unité du monde chrétien est déjà problématique. La diversité des cultures liées historiquement au christiannisme est patente : l'Amérique latine, les Etats-Unis, la Suisse, la Suède... peut-on supposer un lien identitaire réel entre tous ces pays ? De même les pays historiquement liés à l'islam présentent une très grande diversité, dans laquelle l'Européen moyen peut être différemment dépaysé, selon les lieux, les milieux sociaux, -son enfermement mental aussi.
  On répondra que ces arguments sont de mauvaise foi, qu'il est évident que la différence islam/christiannisme est culturellement fondamentale. C'est croire que la culture n'est qu'un produit de la religion. Certes, nous ne nions pas une différence culturelle entre traditions musulmane et chrétienne, mais nous refusons son caractère significatif : c'est une différence parmi beaucoup d'autres. Il y a des milliers de façon de partitionner les cultures du monde. Dictature et démocratie en est une autre, autrement importante peut-être, déterminant certains traits culturels plus ou moins communs aux régimes analogues.
   Il y a des dizaines d'Islam, des milliers de façons de le vivre, d'y souscrire plus ou moins. C'est tout aussi valable pour les christianismes.

   Malheureusement, plus on souscrit à ce mythe, plus il s'alimente. Les amalgames mythiques deviennent des repères identitaires réels. On a vu à l'article précédent comment pointait dans un conflit ce thème. Plus on croira appartenir à telle civilisation, plus on renverra celui qu'on en exclue vers l'autre identité, si bien que l'idée du choc des civilisations s'alimente elle-même et peut contribuer à alimenter des conflits toujours absurdes. Ce caractère vicieux peut être mieux aperçu si l'on se souvient que l'idée du choc des civilisations est reprise autant par l'administration Bush que par Al-Quaida.


"Respectons l'histoire, les civilisations et la géographie, et le monde sera mieux organisé."
  
   Reformulons mieux : "Prenons en compte l'histoire, la géographie, les sciences humaines, et notre action sur le monde sera plus efficace" (plutôt qu'un monde mieux organisé, suggérant chaque chose à sa place).
   Nous pouvons être d'accord avec la phrase de Nicolas Sarkozy ainsi reformulée. Commençons par refuser le mythe du choc des civilisations en nous appuyant sur l'histoire et la géographie.

   De manière peut-être un peu gratuite, ajoutons un tout petit d'Histoire pour commencer le programme de Nicolas Sarkozy : tout un pan du catholicisme s'est construit dans l'actuelle Algérie (avec Augustin à Annaba-Hippone) ; l'Empire ottoman était aux côtés de l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale ; deux siècles et demi avant la prise ottomane de Constantinople, la ville fut pillée par des croisés (4e croisade, détournée de son but initial, l'Egypte, sur Constantinople chrétienne et très riche), etc.

1. Nous renvoyons ici aux très beaux passages de l'ethnologue polonais Ludwik Stomma :
http://www.ambafrance-pl.org/info/documents/RP3009.doc
en toute fin de document.

2. A propos de l'Europe : "sans elle le choc des civilisations deviendra plus probable" ; et N. Sarkozy n'est malheureusement pas le seul homme politique à utiliser l'expression.
Par Epiméthée
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Mardi 13 février 2007
Retour sur quelques propos :

"Si pour les familles qui ne s’occupent pas de leurs enfants mineurs, qui les laissent traîner dans la rue, qui les laissent commettre des délits, qui ne respectent pas l’obligation de les scolariser, je souhaite que des sanctions soient prises, que la responsabilité des parents puisse être mise en cause, qu’éventuellement les allocations familiales soient mises sous tutelle, je m’engage aussi si je suis élu à aider les familles qui en ont besoin à élever leurs enfants."

Nicolas SARKOZY, Maisons-Alfort (Val-de-Marne) ; Vendredi 2 février 2007
http://www.ump-fr.org/spip.php?page=contentsheet1&id_article=275



   La principale chose selon moi qu'on peut trouver à redire au système ambivalent aide-récompense / bâton-punition tel que formulé par Nicolas Sarkozy est la suivante : elle sous-tend une responsabilité parentale universelle indépendante des conditions sociales ou plus généralement des circonstances et contingences individuelles. Autrement dit : on considère a priori que l'échec éducatif est une faute parentale, et non qu'il puisse être lié aux conditions de vie, à ce qu'on peut offrir comme perspectives à son enfant, à l'image que lui environnement leur renvoie.

   Or il semble évident qu'il reste plus difficile d'avoir autorité sur un enfant plongé dans un univers enclavé et cumulant les problèmes, telles nos banlieues, que dans une situation plus facile. Autrement dit : quand bien même (et je ne le crois pas) sa solution récompense/punition avec les allocations serait la plus efficace, pour le bien des enfants, je trouve injuste et présomptueux de justifier cette solution par une morale de la punition (c'est parce qu'ils "ne respectent pas l'obligation de les scolariser" qu'on leur enlève les allocations).

  Ces parents ne sont pas comme des enfants irresponsables à éduquer, ce sont des gens en détresse, financière et morale. Je veux bien envisager, au nom du principe d'efficacité et de bien-être des enfants, que la solution sarkozyste puisse être efficace (mais j'en doute fortement) : ce serait la manière la plus efficiente de contraindre les parents. Mais cette solution reste amorale, et si elle devait être mise en place, il serait sain que son caractère regrettable et la non-légitimité morale de la punition soient au moins mis en avant.


  Tout cela ne va pas bien loin : on pourrait en dire plus. Je m'arrête au strict minimum pour critiquer ces propos en m'adressant à tous. nous cherchons le plus petit dénominateur commun d'une discussion critique  adressée autant aux anti-sarkozystes, qu'aux pro-Sarkozy. L'objet n'est pas politique  ; il s'agit ici seulement de démythifier le propos, de montrer comment insidieusement une condamnation morale déplacée, difficilement justifiable se sédimente dans un discours politique justifié par la nécessité de changement.
Par Epiméthée
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Vendredi 23 février 2007

En réponse à quelques malentendus, une petite remarque sur les illustrations :

   Principalement tirées de l'oeuvre de Bruegel l'Ancien, peintre flamand du XVIe sècle, et de l'iconographie des ouvrages de Claude Gaignebet, elles relèvent pour la plupart de thèmes propres aux réjouissances carnavalesques.

   Dans un ouvrage aussi sympathique que stimulant sur l'oeuvre de Rabelais, un intellectuel russe, M. Bakhtine, a donné une interprétation très séduisante des rites carnavalesques : pendant une période donnée, où tout était inversé et permis, le peuple éternel raille tout et tous, rit de l'absurdité, de la mort, des importants, rappelle la relativité de toute chose en ramenant tout au bas corporel (les excréments, la culbute) ; tout meurt et tout renaît, rions et sur ce, beuvons.

   Quand on se penche sur le carnaval, on a vite fait d'être capté par cette interprétation, peut-être un peu trop séduisante pour être entièrement vraie. Tous les rites de type carnavalesque ne sont pas si sympathiques ou libertaires qu'il n'y paraît : les charivaris (chahuts provoqués par un événement honteux, comme le mariage d'un vieil homme et d'une jeune femme), la chasse au Judas, personnage bouc-émissaire d'un jour, pouvaient par exemple dégénerer en mort d'homme. Dans cette vision, la part de la religion catholique, qui équilibre carnaval avec carême, est en outre sans doute sous-estimée. Mais ce n'est pas le propos, ni notre envie, de faire un procès factice et anachronique de Carnaval.

   Prendre de la distance vis-à-vis des discours, et si possible rire en tournant en dérision quelque chose qui me fait peur, voilà bien le but de ces pages, et la raison d'être de ces illustrations.

 

pour les références, cf. premier article

 

Par Epiméthée
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Samedi 24 février 2007

   Il y a beaucoup à dire sur ce discours du candidat de l'UMP.

 (http://www.u-m-p.org/site/index.php/ump/s_informer/discours/nicolas_sarkozy_a_perpignan)

   Quelques aspects nous semblent parmi les plus préoccupants : l'affirmation décomplexée de la légitimité de la morale dans le champ politique, une vision mythique de mai 68 et le thème du choc des civilisations, auquel cet article est consacré.

       

"Je souhaite qu’on ne puisse pas s’installer durablement en France sans se donner la peine d’écrire et de parler le Français.

Je souhaite qu’on ne puisse pas vivre en France sans respecter sa culture et ses valeurs. Ceux qui veulent soumettre leur femme, ceux qui veulent pratiquer la polygamie, l’excision ou le mariage forcé, ceux qui veulent imposer à leurs sœurs la loi des grands frères, ceux qui ne veulent pas que leur femme s’habille comme elle le souhaite ne sont pas les bienvenus sur le territoire de la République française. [...] Pour demeurer en France don doit aimer la France et au minimum la respecter. [...]

[à propos d'une Union Méditerranéenne] Il s’agit d’une perspective de civilisation. Il s’agit d’imposer le dialogue des civilisations là où le choc des civilisations menace toute la paix du monde."

   

  L'article sur la question du racisme en puissance des discours du candidat de l'UMP contiennent quelques pistes qui sont applicables à ces extraits.

   Nous reconnaissons à nouveau une structure du discours de Nicolas Sarkozy, consistant à énoncer des éléments avec lesquels il est difficile de ne pas être d'accord (condamnation de la violation des droits de la femme), mais avec une forme ou un choix des mots qui impliquent tacitement autre chose, cette fois beaucoup plus problématique.

   Ici, il s'agit principalement d'amalgames tout à fait susceptibles de nourrir un système de pensée raciste. L'accumulation d'éléments dessine les contours d'une image plus que caricaturale du musulman maghrébin ou africain.

   Si l'on se tourne vers la phrase précédente, ("Je souhaite qu’on ne puisse pas s’installer durablement en France sans se donner la peine d’écrire et de parler le Français") un autre biais apparaît. L'expression "sans se donner la peine" pose un vrai problème. Elle laisse imaginer des étrangers profiteurs, ingrats, bénéficiant des avantages de vivre en France tout en restant dans un espace linguistique clos, communautaire, alors qu'il suffirait de faire l'effort de se tourner vers la France pour en écrire et parler la langue. "Sans se donner la peine" implique "avoir les moyens de" et en même temps "ne pas faire l'effort de". On commence à voir quels problèmes pose l'expression. 

   Est-ce si facile d'apprendre à écrire si l'on est adulte, analphabète, qui plus est dans une situation difficile, socialement, financièrement ? Existe-t-il des immigrés qui ne se donnent pas "la peine d'écrire et de parler le Français" alors qu'ils en auraient les moyens ? Sans doute. Y en a-t-il pour lesquels l'apprentissage de la langue et plus encore de l'écriture constitue une difficulté réelle ? C'est certain. Combien inadéquate pour ceux-là, cette phrase de Nicolas Sarkozy.

   En réduisant la figure de l'étranger (en l'occurrence, tacitement, du maghrébin surtout, de l'africain en général) à son aspect le plus antipathique possible, cumulant toutes les caractéristiques les plus dérangeantes ou inacceptables, en réduisant les problèmes liés à l'immigration principalement et tacitement à la figure du musulman radical misogyne, le discours de Nicolas Sarkozy ne peut que conforter chez un raciste les caricatures qui alimentent sa phobie.

   Encore une fois, nous voulons bien admettre les bonnes intentions de Nicolas Sarkozy.

   Une dernière remarque : on peut ne pas parler le français entre soi. Que cela ne devienne pas un délit.

 

Par Epiméthée
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Dimanche 25 février 2007

« C’est dans une perspective Méditerranéenne qu’il nous faut concevoir l’immigration choisie, c'est-à-dire décidée ensemble, organisée ensemble, maîtrisée ensemble. Car la Méditerranée c’est notre avenir, c’est votre avenir et pas seulement votre passé. […]
Si je suis élu je proposerai à tous les pays de la Méditerranée de jeter les bases d’une Union Méditerranéenne.
[…]

Il ne s’agit pas que d’une perspective économique et politique. Il s’agit d’une perspective de civilisation. Il s’agit d’imposer le dialogue des civilisations là où le choc des civilisations menace toute la paix du monde..
Il s’agit d’unir la Méditerranée pour en faire un creuset de développement et le plus haut lieu de la fraternité humaine, afin qu’elle devienne le pivot d’une grande alliance entre l’Afrique et l’Europe. »

    Une remarque d’abord : il ne s’agit pas ici de critiquer la perspective d’une union méditerranéenne, sur laquelle nous n’avons, bien au contraire, pas d’avis négatif. Il s’agit de s’interroger sur les conséquences et les implications de la parole de Nicolas Sarkozy sur ce sujet.

 

 

   Dans un précédent article (ici), nous avons déjà critiqué l’idée (ou plutôt le mythe) de choc des civilisations. En résumé, le choc des civilisations n’existe pas, mais l’idée peut alimenter des conflits : il y a donc tout à perdre à faire usage de ce mythe.

 

   Il y a sans doute du bon dans les intentions et le projet du candidat de l’UMP. Ses propos n’en soulèvent pas moins quelques problèmes.

 

 

   Pour commencer, le mot civilisation est ambigu, moins évident qu’il n’y paraît. D’autres expressions plus précises et moins frappantes seraient peut-être moins efficaces mais plus heureuses : ensemble culturel, identité nationale (un autre mythe sans doute), le « il s’agit d’une perspective de civilisation » pourrait devenir « il s’agit d’une perspective de rapports entre les nations / des relations entre ensembles culturels historiquement liés », etc. Ce n’est certes pas très glamour. D’autres expressions pourraient mieux servir le discours.

 

   Quelle définition y a-t-il derrière ce mot « civilisation »? C’est difficile à dire. Quels contours définit-il ? Combien y a-t-il de civilisations ? Ce grand ensemble flou peut tout à fait devenir le réceptacle d’unités caricaturales (le monde « musulman », le monde « chrétien »), ou d’amalgames (cf. article précédent), dessiner des frontières virtuelles aboutissant paradoxalement à la constitution d’identités antagonistes.

 

   A mon sens, la question se pose avec force : n’y a-t-il pas une distorsion entre les intentions du discours de Nicolas Sarkozy et les éléments qui le constituent ? En l’occurrence : y a-t-il pire moyen pour construire une union méditerranéenne, pour instituer une paix durable, que de vouloir « imposer »  le dialogue et de voir le monde à travers le mythe du choc des civilisations ?

 

 

 

Par Epiméthée
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Jeudi 1 mars 2007

   Ici, nous sortirons un peu de notre ligne directrice (réfléchir aux conséquences volontaires ou involontaires, conscientes ou inconscientes du discours du candidat de l'UMP), pour nous orienter vers un thème régulièrement abordé dans ces lignes, celui du mythe, au sens large, tel que défini dans l'article suivant : la Turquie et le spectre faux mais dangereux du choc des civilisations

   Le discours du 23 février du candidat de l'UMP met en avant selon nous une vision tout à fait mythologique de mai 68. L'étude de quelques passages permettra de montrer certaines caractéristiques du mythe, quel rôle ce dernier peut remplir. D'abord les extraits concernés :


"L’autorité ? Un mot qui vous fait immédiatement soupçonner de préparer rien moins qu'un Etat policier, un mot qui fait de vous un homme prêt à attenter aux libertés publiques.
Mai 68 est hélas passé par là.
A bas l’autorité ! C’était cela le programme de mai 68.
A bas l’autorité ! Le moment était venu de vivre sans contrainte et de jouir sans entrave.
A bas l’autorité ! C’était, prétendaient-ils, la condition de la libération de l’homme aliéné par le travail, par la vie en société, par l’économie, par son éducation et même par sa famille.

A bas l’autorité ! Cela voulait dire :

L’obéissance de l’enfant à ses parents, c’est fini ! Démodé !
La supériorité du maître sur l’élève, c’est fini ! Ringard !
La soumission à la loi, c’est fini ! Dépassé !
[...]

L’amour de la patrie, la fidélité à la France, à son drapeau, la gratitude vis-à-vis de ceux qui ses sont battus pour elle, c’est fini !
[...]

La politesse, la courtoisie, le respect pour la personne âgée, pour la femme ! C'est fini !

A bas l’autorité ! Cela voulait dire :
Désormais tout se vaut.
Le bien comme le mal, la grandeur comme la bassesse, le vrai comme le faux, le beau comme le laid.
Tout se vaut :
La parole de l’élève vaut celle de l’instituteur.
Une émission de variétés vaut une pièce de Racine.
L’intérêt particulier vaut l’intérêt général.
Le délinquant vaut la victime.
La loi des bandes vaut celle de la République.
Le non travail vaut autant que le travail.

Et bien je suis venu à Perpignan pour vous dire qu'il est temps de dire non à ce formidable mouvement d'inversion des valeurs.
D'ailleurs, on voit où cela nous a menés.
Quand tout se vaut, plus rien ne vaut rien."

(source)


   Encore une fois, nous ne ferons pas un commentaire complet de l'extrait. Nous nous limiterons au minimum, qui pour nous sera de montrer la pertinence, le rôle d'un mai 68 mythifié dans le discours de Nicolas Sarkozy : on y verra surtout la capacité du mythe à devenir un réceptacle capable d'accueillir des éléments bigarrés qui ne sont pas forcément liés à ce à quoi le mythe fait référence (plus simplement : le caractère fourre-tout du mythe) ; par là, le mythe peut déformer l'interprétation de faits (ici les événements de mai 1968) pour leur faire parler du présent. Autrement dit, pratiquer l'anachronisme inconscient ou utiliser l'histoire, territoire des interprétations (mais qui ne se valent pas toutes), au service d'une idéologie. Pas toujours pour le mieux de la discipline historique.

  




   Reprenons le texte :

  Le premier paragraphe nous permet d'inférer que la suite du discours concernera l'interprétation que Nicolas Sarkozy fait de mai 68

"L’autorité ? Un mot qui vous fait immédiatement soupçonner de préparer rien moins qu'un Etat policier, un mot qui fait de vous un homme prêt à attenter aux libertés publiques.
Mai 68 est hélas passé par là.
A bas l’autorité ! C’était cela le programme de mai 68.
A bas l’autorité ! Le moment était venu de vivre sans contrainte et de jouir sans entrave.
A bas l’autorité ! C’était, prétendaient-ils, la condition de la libération de l’homme aliéné par le travail, par la vie en société, par l’économie, par son éducation et même par sa famille.
A bas l’autorité ! Cela voulait dire : ... "

   C'est bien un développement de la vision de mai 68 de Nicolas Sarkozy qui suivra donc directement. Nous avançons des évidences, mais on verra par la suite l'importance d'un suivi précis des propos.
   Deux remarques sur ces propos : parler d'un "programme" pour les événements (nous insistons sur le pluriel) de mai 68 est historiquement impropre : mouvement multiforme, sans tête, mai 68 reste un mouvement complexe, faisceau de volontés, de convictions et de buts divers, bien plus caractérisé par l'inorganisation et la spontanéité parfois gratuite, parfois simpliste, que par l'existence d'un programme unique et fédérateur. La réduction d'un fait (de faits, ceux de mai 68) à une donnée simple (ici : le programme "à bas l'autorité) est un des critères qui caractérisent le mythe.
   Seconde remarque : nous ne dénigrons pas la famille, l'éducation, la vie en société ou le travail. Ceci dit, il reste que ces contextes peuvent tout à fait être des facteurs d'aliénation. Le poids psychologique d'une éducation, d'une famille sont omniprésents. Nous croyons qu'un discours nuancé est possible : de bonnes choses (la solidarité familiale, l'amour filial, les points positifs d'une éducation) côtoient souvent  les défauts qui en fait leur sont intrinsèquement liées (la culpabilisation parentale, le chantage affectif, les limites des représentations parentales... etc.). Bien sûr, le travail ou la vie en société peut tout à fait être aliénante, et ce sera sans doute toujours le cas. Je ne développe pas ici ce thème, par souci de concision.


"L’amour de la patrie, la fidélité à la France, à son drapeau, la gratitude vis-à-vis de ceux qui ses sont battus pour elle, c’est fini !"

  Ici aussi nous pourrions nuancer le propos. Refuser toute justification à la guerre, est-ce manquer de gratitude ? Nous reviendrons sur le thème du rapport du souvenir et de la dette envers les générations passées dans les discours de Nicolas Sarkozy. Relevons simplement pour l'instant que nous pouvons nous interroger sur la définition des personnes visées, à qui Nicolas Sarkozy prête ces propos ou ces pensées : qui sont-ils ? De quels soixante-huitards s'agit-il ? Je ne crois pas que ce soit de la mauvaise foi de poser la question. Cela peut sembler gratuit pour certains, mais c'est bien le principe du mythe : il semble aller de soi. Il semble aller de soi que "les soixantes-huitards" pensaient ainsi. Mais dans les faits, lesquels ? Il y en a eu certainement, mais il y a eu mille façons de vivre mai 68 (c'est une image : il y en eut beaucoup plus). Alors dans quelles proportions ces représentations rapportées par le candidat de l'UMP ont-elles été partagées ? Quelles ont été leurs conséquences ? Comment les mesurer ? Cela ne va pas de soi. C'est le propre du mythe justement de faire naître le sentiment d'évidence simple là où le réel est complexe et brouillé.


 "La politesse, la courtoisie, le respect pour la personne âgée, pour la femme ! C'est fini ! "

   Pour gagner un peu de place, mais sans trahir le texte croyons-nous, nous avons retiré quelques lignes du discours, moins significatives pour notre démonstration. Nous renvoyons le lecteur sceptique à la source. Ces précautions prises, nous revenons sur le fait que nous avons montré, quelques lignes plus haut, que ce passage concerne bien mai 68. En outre, la rhétorique nous conforte dans ce lien, par la répétition en début ("A bas l'autorité !") et en fin de "vers" ("C'est fini !") d'expressions marquées : nous nous situons bien toujours dans le même thème, à savoir l'interprétation par Nicolas Sarkozy et son équipe de mai 68.

   Pourquoi autant de précautions ? Parce que relier mai 68 à la fin du respect pour la femme est un contresens éhonté. Le respect pour la personne âgée, passe encore, surtout si l'on peut comprendre : le respect pour l'autorité de la personne âgée. Mais pour la femme ? Par ce contresens, nous pensons que Nicolas Sarkozy nous livre un exemple particulièrement frappant de cette capacité du mythe à recueillir des amalgames, à faire fonction de fourre-tout.

   C'est bien un mai 68 mythifié, très éloigné des réalités que ce mois connut, que nous présente le candidat de l'UMP. Bouc-émissaire, il est responsable, le temps d'un discours peut-être seulement, de tous les maux.

   N'est-ce pas prêter plus d'importance à ces événements qu'ils n'en ont eue ? Ce "formidable mouvement d'inversion des valeurs" auquel "il est temps de dire non" est pour nous un fantôme. Et, même si nous nous étions donné comme principe de ne pas préjuger des intentions de Nicolas Sarkozy, nous ne croyons pas qu'il se soit adressé ici à l'intelligence de ses auditeurs.


Par Epiméthée
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